mercredi 25 novembre 2015

Retranscription Interview radio - Xavier Bébin

Interview donnée par Xavier Bébin à France Inter 


Interviewer : Xavier Bébin bonjour, vous nous recevez à L'institut pour la Justice dont vous êtes le délégué général mais j'ai, avant de commencer cet entretien, une petite question liminaire qui m'est imposée par la Direction. Assurez-moi s'il vous plaît monsieur Bébin que vous n'êtes ni candidat, ni soutien, que vous ne roulez pour aucun candidat officiellement dans cette campagne électorale.

Xavier Bébin : L'Institut pour la Justice a une indépendance totale vis-à-vis de tous les partis politiques et de tous les candidats. Nos actions sont menées grâce à la générosité de 60 000 membres donateurs, des particuliers; nous ne recevons aucune subvention publique et par conséquent nous avons une indépendance structurelle et totale et nous avons comme seule ambition de faire avancer nos idées pour une justice plus protectrice des citoyens.



Interviewer : Donc des idées, mais pas politiques.

Xavier Bébin : Des idées pour réformer la justice pour qu'elle soit plus équitable, sans avoir aucun lien privilégié avec tel ou tel candidat, ou tel ou tel parti politique.

Interviewer : Très bien. Je dis ça pour être sûr qu'on soit blindé de ce côté-là. Alors expliquez-nous un peu comment est né l'Institut pour la Justice.

Xavier Bébin : L'Institut pour la Justice est né d'une inquiétude, d'un fossé qui se creuse entre les préoccupations des citoyens qui demandent plus de protection de la part de leur justice, des préoccupations des victimes qui aspirent à plus de considération dans la procédure pénale et un fossé avec un monde judiciaire et politique qui n'a pas toujours perçu et pris en compte ses aspirations populaires. Et l'objectif de l'Institut pour la Justice est d'être une courroie de transmission, un relais entre les préoccupations des citoyens et des victimes, et les élus et le monde judiciaire avec l'ambition d'avoir une expertise technique, juridique, expertale puisqu'on a développé tout un réseau de magistrats, d'avocats, de professeurs de droit, de psychiatres pour qu'on puisse porter la parole des citoyens, pour faire des propositions pragmatiques, réalistes, de convaincre nos élus afin de faire évoluer le système.

Interviewer : Est-ce qu'après ces élections vous pensez qu'un nouveau son de cloche qui pourra être entendu pour les victimes dans notre société ?

Xavier Bébin :Je suis convaincu que la mobilisation historique autour du Pacte 2012 avec 1,700 000 personnes qui ont signé sur internet. C'est la pétition qui a eu le plus de succès dans l'histoire des mobilisations citoyennes en France. Cette mobilisation-là aura un impact au-delà des Présidentielles quel que soit le candidat élu. Et désormais, les victimes et les citoyens qui sont en attente de protection ont un relais puissant qui leur permettra de faire entendre leur voix durablement auprès des pouvoirs publics, avec une voix d'autant plus crédible qu'elle s'assoit sur des publications d'études et des réflexions d'experts.

Interviewer :Alors Xavier Bébin, vous parlez des réformes que vous portez. Elles ont été compilées dans un pacte, le Pacte 2012. Vous avez fait un grand ramdam, un grand raout à la Maison de la Chimie où certains candidats, que nous ne pourrons pas nommer vu le CSA, sont venus, certains très importants les ont même signées et ont repris quelques unes de vos mesures.
Est-ce qu'on pourrait brièvement les résumer, ces 5 points, globalement ?

Xavier Bébin :Oui mais il y a 3 grands points. Premier point : droits des victimes, égalité des droits à tous les stades de la procédure entre les mis en cause et la victime. C'est une question d'équité et de rééquilibrage de la procédure. La victime ne doit pas avoir plus de droits que le mis en cause mais elle doit en avoir autant.

Interviewer : Mais on ne la juge pas la victime. Je ne comprends pas. L'équité, c'est par rapport à la loi !

Xavier Bébin : L'équité, c'est qu'il y a deux personnes qui ont un intérêt profond à ce que la justice soit bien faite. Il y a le mis en cause parce qu'il risque la sanction, il risque la prison et il y a la victime parce qu'elle a subi l'infraction dans sa chair.

Interviewer : Et après, il y a le reste des citoyens, pour que l'ordre règne.

Xavier Bébin : Vous avez parfaitement raison. Ensuite, il y a la société dans son ensemble qui est représentée par le parquet. Et donc il faut que toutes ces personnes-là aient les mêmes droits. La victime, comme le mis en cause, ont les mêmes droits à faire valoir, les mêmes droits de recours à faire valoir, le même accès au juge à faire valoir. Et le parquet, évidemment dans son rôle de protection de la société dans son ensemble doit aussi avoir les droits qui lui incombent. Mais le parquet ne défend pas la victime. Le parquet défend la société dans son ensemble. Il faut que la victime puisse avoir ses droits à elle, parce que la décision de justice impactera sa vie, sa vie entière. Elle a subi le traumatisme de l'infraction. La décision de justice impactera sa vie. Précisément parce que ça impactera profondément sa vie, il faut qu'elle puisse faire appel pour éviter la remise en liberté de son agresseur qui peut risquer de revenir chez elle exercer des représailles. 
La première proposition du Pacte pour la Justice, c'est que les victimes aient autant de droits que les mis en cause, tout au long de la procédure. Et donc qu'elles puissent faire appel d'une remise en liberté de leur agresseur. Qu'elles puissent faire appel d'une décision de justice qu'elles estiment inéquitable. Qu'elles puissent faire appel d'une remise en liberté conditionnelle de leur agresseur. C'est un élément central pour que les victimes aient le sentiment qu'il y ait plus d'équité dans la procédure.
Deuxième idée forte : l'application effective des peines prononcées. Aujourd'hui, il y a deux problèmes fondamentaux. Il y a 80 000 peines qui sont inexécutées, qui ne sont pas du tout exécutées, qui sont en attente d'être exécutées faute de place de prison.

Interviewer :
Et ça, ça ne compte pas les sursis et tout ça.

Xavier Bébin : Non non. Donc il faut construire des places de prison pour exécuter ces peines. Et deuxième problème, c'est que quand elles sont exécutées, elles sont souvent exécutées à moitié, appliquées à moitié parce qu'il y a toute une série de mesures de réduction de peine : réduction de peine supplémentaire, liberté conditionnelle, qui érodent trop la peine et qui créent un décalage trop important entre la peine qui est affichée et la peine qui est réellement appliquée. Nous demandons que, quand on est condamné à une peine, on en purge au moins les trois quarts avant de pouvoir bénéficier d'une liberation
Troisième grand point : c'est l'idée de fermeté de précaution vis à vis des crimes des criminels dangereux avec des mesures de surveillance, de suivi des délinquants sexuels dangereux et pour les criminels qui ont fait la preuve de leur dangerosité, qui ont commis des viols ou des meurtres en série, une vraie perpétuité. Parce qu'il y a des individus, il ne sont pas très nombreux, pour lesquels toute remise en liberté est une mise en danger de la société. Pour ceux-là, on ne peut pas l'accepter, c'est pour ça qu'il faut des mesures de précaution contre la dangerosité.
Une série d'idées reçues, de préjugés, d'idées dominantes qui se sont répandues dans le monde judiciaire sont fausses. Donc quelques exemples. L'idée que la prison c'est l'école de crime. Aujourd'hui, toutes les études criminologiques dont nous disposons et tous les enseignements de l'histoire nous montrent que la prison est plutôt un frein à la criminalité plutôt qu'un accroissement. On cite souvent les Etats-Unis comme contre-exemple absolu.

Interviewer : Y a des faits qui disent par exemple qu'il y a 8 fois plus de taux d'incarcération aux Etats-Unis qu'en France. Et en France je crois que c'est autour de 90 pour 100 000 et aux Etats-Unis, on frôle les 800.

Xavier Bébin : 700 oui. On cite souvent les Etats-Unis comme contre-exemple. Alors bien sûr qu'il y a un excès très fort dans le nombre de détenus, mais par contre ça n'invalide pas la thèse de la prison comme moyen de protection des citoyens puisqu'entre 1980 et aujourd'hui, il y a 3 à 4 fois plus de détenus et 2 fois moins de criminalité. C'est-à-dire que l'accroissement du nombre de détenus, dans la thèse de la prison école du crime, aurait dû conduire à une explosion de la criminalité puisqu'ils ont été multipliés par 3. 3 fois plus de détenus aux Etats-Unis. Ce qu'on a constaté, c'est une division par 2 des violences, des atteintes aux biens, des atteintes aux personnes.

Interviewer : S'ils ne sortent pas, effectivement oui.

Xavier Bébin : Mais donc, cette idée selon laquelle la prison serait l'école du crime, que la prison cause la criminalité, que plus on est dur avec le crime, plus ça encourage la délinquance, est complètement fausse. Et aujourd'hui, en fait, sans aller évidemment dans les excès du tour carcéral américain, il faut au moins rattraper la moyenne européenne de taux de détention et donc il faut, on manque de prisons. On tolère une surpopulation carcérale depuis des années parce qu'on n'a pas eu le courage de construire les prisons qu'il fallait. Il faut mettre à niveau pour simplement venir à la moyenne européenne. On sera à 120, 130, 150 détenus pour 100 000 habitants.

Interviewer : On comble le retard français, encore une fois !

Xavier Bébin : Très très loin du 700 pour 100 000 américains, c'est pas du tout le modèle mais encore une fois, il y a des préjugés comme ça, dans lesquels la prison c'est la pire des solutions alors que, dans un certain nombre de cas, c'est une solution indispensable pour mettre un frein à la criminalité.

Interviewer
: Comment on les identifie cela ? Par rapport à ceux qui peuvent s'amender par exemple. Parce qu'il y a toujours l'espoir de la réinsertion, toujours l'espoir de celui qui fasse l'implacabilité de la justice et du droit, revient sur ses fautes.

Xavier Bébin :
Il y a des individus pour lesquels tout le parcours judiciaire, tout le parcours criminel montre que donner une nouvelle chance, une énième chance à l'individu, ce n'est plus de l'humanisme, c'est de la mise en danger d'autrui. Quand vous avez des Guy Georges, qui a été condamné x fois, avant même de commencer sa carrière de 7 meurtres, qui a fait 7 meurtres, 7 viols suivis de meurtres. Il y a des individus comme cela pour lesquels donner une nouvelle chance, encore une fois, ce n'est plus de l'humanisme. L'humanisme c'est d'avoir une compassion équilibrée vis-à-vis des victimes potentielles aussi, vis à vis de l'individu qui a commis ce qu'il a commis mais vis-à-vis des victimes potentielles. Et risquer de nouvelles victimes potentielles en remettant en liberté quelqu'un qui a fait la preuve répétée de son incapacité à se contrôler et bien c'est irresponsable et donc c'est pour ça qu'il y a quelques individus, ils ne sont pas nombreux, pour lesquels il faut avoir une fermeté de précaution.





Xavier Bébin - L'Institut pour la Justice au micro de France Inter (Partie1) from Xavier Bébin on Vimeo.